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Frédéric Beraha, Directeur Général de CCIParis Consulting revient pour Connexions (le magazine bimensuel de la Chambre de Commerce et d'Industrie Française en Chine) sur l’expérience d’HEC Paris en Chine dans le domaine de la formation des hauts cadres et nous expose sa vision de ce marché. Bien implanté en Chine, HEC Paris y oriente son action sur trois domaines principaux : La grande école propose des programmes en coopération pour des MBA avec les meilleures universités telles que Qinghua ou Fudan, le département HEC Executive Education offre des Executive MBA aux entreprises d’Etat en collaboration avec la SASAC et la NDRC ainsi que l’élaboration de formations et de séminaires sur mesure.
Créée il y a deux ans à l’initiative d’HEC Paris et de sa maison mère, la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris, la société CCIParis Consulting, gère les programmes Executive MBA d’HEC en Chine et est également l’agence de promotion des formations intra entreprises de l’école.
Connexions : Pourquoi HEC Paris est-elle présente en Chine et quelle y est sa stratégie ?
Frédéric Béraha : HEC Paris a entamé une démarche globale d’internationalisation il y a une quinzaine d’années. Cette internationalisation des études, des étudiants et des professeurs a contribué à une évolution de l’enseignement dans sa forme et dans son contenu. Cette ouverture a résulté notamment en un rapprochement de l’école vers les entreprises. De ces évolutions est né le département « Executive Education » dont la vocation est de former les dirigeants des entreprises à travers le monde. Depuis 16 ans, le Groupe HEC est présent en Chine via des échanges de professeurs et d’étudiants pour son programme MBA classique et plus récemment avec la mise en place de deux Executive MBA. Avec la création de CCIParis Consulting il y a deux ans, le HEC Paris entend tourner sa stratégie vers la durabilité et centrer son attention vers le marché de niche de la formation à haute valeur ajoutée pour les leaders des entreprises chinoises.
C. : HEC Paris forme dans ses deux EMBA des cadres supérieurs issus d’entreprises chinoises, pourriez-vous nous en dire plus sur cette expérience unique ?
F. B. : Depuis 5 ans HEC Paris propose d’une part, un Executive MBA en collaboration la SASAC¹ à Pékin et, depuis 2 ans un EMBA avec le NDRC² à Shanghai. A l’origine, la SASAC et la NDRC ont fait appel à HEC Paris car ils ne disposaient pas en interne des ressources nécessaires pour former leurs cadres dirigeants exécutant les réformes visant à transformer les entreprises d’état en multinationales. L’offre des universités chinoises en MBA, Executive MBA ou AMP, est de plus en plus importante mais encore insuffisante en qualité, en accréditation et en reconnaissance internationale. La Chine doit rattraper le retard pris dans la formation de ses cadres et les entreprises sont contraintes de s’adapter très rapidement à de nouveaux défis : l’internationalisation, les échanges avec des cultures autrefois inconnues comme l’Afrique, les standards du monde financier international : M&A, IPO, audit … Le pays ne peut pas seulement compter sur la ressource de ses étudiants formés à l’étranger pour répondre à ses besoins. La SASAC et le NDRC se sont ainsi intéressés à nos Executive MBA en raison de la réputation internationale d’HEC Paris mais aussi de la forte similitude de la situation des entreprises d’Etat en France et en Chine. L’expérience française de privatisation des entreprises comme EADS, des restructurations en Lorraine, des grands chantiers navals etc. a inspiré la Chine.
Les personnalités de haut niveau que nous formons travaillent pour des entreprises d’état comme Sinohydro, Sinotrans, China Petroleum, AVIC… Elles sont toutes confrontées à la problématique de l’internationalisation. Ces cadres sont en général en passe de franchir une étape importante dans leur carrière. Ils restent par la suite attachés à HEC Paris et représentent donc pour l’école une partie importante et unique du réseau des anciens en Chine qui compte plus de 600 personnes.
C. : Comment CCIParis Consulting envisage-t-il de s’implanter sur le marché de la formation en Chine ?
F. B. : Le Groupe HEC Paris a créé en Chine un ensemble cohérent et possède de grands avantages pour réussir sur ce marché complexe : son réseau, sa réputation de leader attestée par tous les classements internationaux et enfin ses équipes d’intervention locale. Il s’agit néanmoins de pénétrer un marché de niche très exigeant, celui des formations à haute valeur ajoutée, qui est aujourd’hui prometteur même s’il n’est pas encore très mûr. Actuellement le marché de la formation se développe bien en Chine. De manière globale, beaucoup de cabinets chinois proposent des formations, mais la qualité n’est pas toujours au rendez-vous.
Pour nous, la principale difficulté est de convaincre une entreprise chinoise de confier ses problèmes à un organisme étranger. Par ailleurs, la capacité de financement des formations reste souvent faible dans les entreprises chinoises, non par manque de fonds mais surtout par manque de connaissance des prix pratiqués sur le marché international. Les processus de décision sont complexes et le temps n’est jamais appréhendé comme nous en avons l’habitude : de très longs mois peuvent se passer sans aucune réaction à une proposition puis d’un coup il faut monter tout un programme excessivement ambitieux en quelques jours, ce qui nous est souvent physiquement impossible à réaliser mais surtout non-conforme à nos impératif de qualité et de sérieux !
C’est donc en s’installant à long terme, en tissant notre toile, que nous augmenterons notre crédibilité auprès des Chinois.
C. : Selon vous, la formation est-elle quelque chose d’important aux yeux des entreprises chinoises ?
F. B. : Dans la culture traditionnelle confucéenne, apprendre tout au long de sa vie est un concept essentiel. Se former est donc à priori quelque chose de très important en Chine. Néanmoins, dans la pratique les cadres dirigeants chinois ne disposent pas de beaucoup de temps à consacrer à leur formation. Par ailleurs, ceux qui ont plus de 50 ans et qui ont vécu la Révolution Culturelle n’ont pas tous reçu une formation académique et ont du apprendre « sur le tas », c’est pourquoi d’ailleurs l’ entreprenariat en Chine a une grande valeur. Il faut donc à ces cadres un certain courage pour intégrer une formation internationale avec les obstacles linguistiques et culturels que cela implique. La formation est de plus souvent perçue en Chine comme un avantage individuel et non comme un outil d’amélioration des performances de l’entreprise, notamment pour l’aider à devenir plus compétitive sur les marchés internationaux.
C. : Pourquoi les hauts dirigeants chinois sont-ils intéressés par les formations à la française ?
F. B. : Par rapport à la concurrence, notamment anglo-saxonne, la formation à la française présente des atouts non négligeables. L’aspect historique est souvent rappelé en Chine où des grands leaders se sont formés en France et en premier lieu Zhou Enlai. Il y aussi cet esprit indépendant et critique qui fait que loin d’enseigner des modèles de façon dogmatique et de donner à nos étudiants des recettes pour réussir, nous préférons apprendre à penser, à raisonner par soi-même et à développer l’esprit critique au travers d’interaction permanente entre enseignant et enseigné, des études de cas très concrets donnant lieu à des débats parfois passionnés et par un permanent appel à l’intelligence plutôt qu’à la mémoire. En France, comme en Chine, certains cadres dirigeants ne maîtrisent par parfaitement l’anglais et veulent garder leur propre culture tout en s’internationalisant… Enfin, la Chine vit en quelque sorte en ce moment le rêve d’indépendance technologique auquel la France aspirait dans les années soixante. Elle veut ses propres avions, ses propres fusées… la France représente encore aux yeux des Chinois un certain modèle pour y accéder. Cela dit, HEC Paris ne se positionne pas comme une école française mais comme un acteur global avec une offre européenne et mondiale. Première business school en Europe au classement du Financial Times depuis 2009, HEC Paris vient ainsi de s’installer au Qatar et nos Executive MBA peuvent à présent se suivre indifféremment dans 5 endroits de part le monde !
Propos recueillis par Flore Coppin
1 chargée d’exercer la tutelle sur les grandes entreprises publiques
2 dont le rôle est majeur dans l’élaboration de la politique économique et financière de la Chine
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